Lettre de premier ministre Yvon Neptune

May 2004

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Président des Etats-Unis d´Amérique, M. Georges W. Bush, Président de la France, M. Jacques Chirac, Premier Ministre du Canada, M. Paul Martin, Président du Chili, M. Ricardo Lagos, Parlements des Etats-Unis, de la France, du Canada et du Chili, Secrétaire Général des Nations Unies, M. Kofi Annan, Secrétaire Général de l´Organisation des Etats Américains, M. César Gaviria, Premier Ministre de Bahamas et Président de la CARICOM, M. Perry Christie.

Je délivre ce message dans une conjoncture politique où mes sœurs et frères Haïtiens continuent de faire face au spectre de l´insécurité, du chômage, de la faim, de la maladie et de la mort.

J´ai l´honneur de soumettre à votre attention la situation plus que critique relative à ma liberté et à ma sécurité en Haïti depuis l´interruption de l´ordre constitutionnel.

En effet, au départ du Président Jean-Bertrand Aristide du pouvoir le 29 février dernier, j´ai choisi de rester à mon poste de Premier Ministre en vue d´éviter un chaos total au niveau de l´Etat.  De toute façon, je n´avais aucune raison de me retirer de façon précipitée, ni de m´enfuir, quoique je savais que ma vie était en danger.  Durant mes 12 derniers jours à la tête du Gouvernement et jusqu´à maintenant, des menaces d´arrestation et de mort n´ont cessé d´être manigancées et proférées contre  ma personne par les chefs du soi-disant Front Armé de Libération (anciens militaires, anciens membres du FRAPH et autres associations criminelles), des membres du pouvoir, des dirigeants du Groupe des 184, de la Convergence et autres partis politiques affiliés anti-Lavalas.

La machine infernale conçue par les forces anti-Lavalas et dont l´objectif est de broyer, entre autres, Yvon Neptune, s´est mise en branle dès le matin du départ du Président Aristide :

Le dimanche 29 février, la maison d´un proche parent, chez qui je résidais jusqu´à cette date, a été saccagée, pillée et incendiée, ce au moment où j´étais à mon bureau en compagnie des visiteurs suivants : les ambassadeurs des Etats-Unis et de la France, Messieurs James B. Foley et Thierry Burkard et du Président de la Cour de Cassation, Me Boniface Alexandre, l´actuel Président provisoire.

Le mardi 2 mars, un ancien militaire de ce Front est venu à la tête de sa bande devant la Primature dans le but publiquement annoncé de m´arrêter (i.e. m´assassiner). Au moment où ce chef de gang et ses acolytes progressaient en direction de la Primature, l´ambassadeur des Etats-Unis, M. James B. Foley, et le Président de la Cour de Cassation, Me. Boniface Alexandre, s´apprêtaient à laisser mon bureau à l´issue d´une  réunion relative à la désignation du représentant du Gouvernement à la Commission Tripartite. Immédiatement après leur départ, des marines furent dépêchés sur les lieux et les brigands repoussés.

Peu de jours après, selon un rapport de sécurité, des individus armés ont tenté d´attaquer, durant la nuit, la Primature ; deux d´entre eux ont été tués par des marines américains dont un contingent était cantonné depuis ce mardi 2  mars à la Primature.

Il n´y a eu, à date, ni enquête, ni arrestation, ni dédommagement en relation avec ces actes de vandalisme et de terreur.

En dépit de ces agressions terroristes, j´ai continué de gérer, le mieux possible, les affaires courantes du Gouvernement jusqu´à mon départ de la Primature, le vendredi 12 mars.  En cette occasion, j´ai réaffirmé, dans une déclaration à la presse, ma décision de rester dans mon pays.

Cependant,

·    Tenant compte de la mise à sac et de la destruction de ma résidence le 29 février en présence d´agents de la PNH chargés d´en assurer, en tout temps, la sécurité ;

·    Vu la cohabitation de la PNH avec les anciens militaires du soi-disant Front anti-Lavalas qui avaient systématiquement assassiné des policiers, vandalisé des commissariats, ouvert les portes de toutes les prisons du pays et mis en liberté des assassins et des trafiquants de drogue, pendant qu´ils continuent de menacer ma vie et celle de tous ceux qui sont de conviction Lavalas ;

·    Suite à des informations émanant de sources officielles et fiables faisant état de montages politiciens par des membres du Gouvernement, de connivence avec des dirigeants du Groupe des 184 et d´autres secteurs politiques anti-Lavalas, en vue de commanditer mon arrestation, mon emprisonnement, sinon mon assassinat ;

·    Considérant la mesure illégale d´interdiction de voyage à l´étranger prise par le Ministre de la Justice Bernard Gousse (membre du Groupe des 184 anti-Lavalas) contre les membres du Gouvernement renversé et moi-même, et les arrestations arbitraires de dirigeants, membres et partisans de Fanmi Lavalas ;

Je ne saurais compter sur :

·    ce gouvernement, ouvertement, activement et aveuglément anti-Lavalas, pour la protection de mes droits,

·    l´actuelle Police Nationale inféodée à d´anciens militaires hors-la-loi pour la sécurité de ma personne, ·    l´appareil de justice politique en place pour me défendre face à mes détracteurs et aux fomenteurs de mon éventuel lynchage politique et physique.

Ainsi, les dirigeants de l´ONU, de l´OEA, de la CARICOM et des gouvernements des pays étrangers (tels Etats-Unis, France, Canada, Chili, dont des troupes et des conseillers sont en mission de stabilité et de paix en Haïti) sont, ipso facto,  les principaux garants de mes droits à la sécurité et à la justice, en attendant le retour du pays à l´ordre constitutionnel.

La Force Multinationale, à majorité américaine, met bientôt fin à sa mission ; une force des Nations Unies va prendre la relève le mois prochain. Je souhaite que ni l´une ni l´autre de ces forces n´auront servi d´instrument au présent pouvoir, au Groupe des 184 et aux autres coalitions de secteurs anti-Lavalas à pourchasser, isoler ou détruire ceux qui s´associent à la quête et à la lutte difficile et douloureuse de la majorité appauvrie en Haïti pour le progrès du processus de construction d´un système socio-économique inclusif et équitable, dans l´intérêt de tous.

Je suis convaincu que le peuple haïtien, violé, bafoué et réprimé tout au ours de son histoire, a l´intelligence et la sagesse pour créer, identifier et saisir des opportunités véritables de stabilité, de paix et d´amélioration de ses conditions de vie.

Quand des colporteurs de mensonges et de confusion, de rancune et de vengeance, de division et de souffrance prétendent tenir les clés de la concorde, du développement et du progrès, j´ai le ferme espoir que ceux dont les intérêts pour et en Haïti sont compatibles avec ses besoins présents et futurs s´engageront toujours du coté de la vérité et de la compréhension, de la fraternité et de la justice, de l´amour et de la compassion, de la solidarité et du respect.

Port-au-Prince, Mai  2004

http://www.margueritelaurent.com/law/lawpress.html )

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