L'ex-président haïtien Jean-Bertrand Aristide rejette les accusations de déstabilisation

LE MONDE | 14.10.04  •  MIS A JOUR LE 14.10.04 | 16h16 Exilé en Afrique du Sud, il accuse la France et les Etats-Unis de "coup d'Etat" et de "génocide".Johannesburg de notre correspondante
Jean-Bertrand Aristide ne reçoit pas chez lui. L'adresse de la villa qu'il occupe à Pretoria avec son épouse, Mildred, et ses deux filles reste secrète. Pour ses rendez-vous, le gouvernement sud-africain met à sa disposition une résidence dans la campagne dominant les faubourgs chics de Pretoria. Depuis son arrivée en Afrique du Sud, l'ancien président haïtien s'est consacré à l'écriture d'un livre dans lequel il raconte son "enlèvement".

Pour lui, il n'y a aucun doute, "les responsables du coup d'Etat du 29 février sont la France et les Etats-Unis". "Ce qui se passe actuellement chez nous, le massacre d'innocents à longueur de journée, la répression aveugle, la violence, le sang, tout cela ne fait que confirmer mes premières déclarations", affirme-t-il, allant jusqu'à parler d'un "génocide". Sa conviction est inébranlable : depuis 200 ans, depuis l'indépendance, la France s'acharne à déstabiliser Haïti. Les anciens colons "ont organisé 53 coups d'Etat". Le but : "Empêcher qu'un pays de nègres soit une référence de liberté." Pour lui, il s'agit de "pur racisme". Les Etats-Unis et la France se sont alliés, et des millions de dollars ont été dépensés pour armer "des bandits, des vendeurs de drogue qui, aujourd'hui encore, sèment la terreur dans les rues de Port-au-Prince", assure-t-il.
Quand on lui rappelle que ce sont les Etats-Unis qui lui ont permis de revenir au pouvoir en 1994, il file la métaphore sur "le père et le fils", insinuant que Bill Clinton avait une politique bien différente de celle des Bush. Et s'il ne veut se prononcer sur le prochain scrutin américain, il suppose que "le peuple haïtien aurait plus de sympathie pour un président démocrate".

Alors que la communauté internationale et le nouveau pouvoir en Haïti accusent ses partisans armés, les "chimères", d'entretenir la violence, Jean-Bertrand Aristide dénonce une nouvelle manipulation. Et il compare les accusations contre lui à l'affaire des armes de destruction massive en Irak. "Ce n'est qu'un nouveau mensonge qu'on brandit pour justifier son crime", martèle l'ancien président. "Nous avons toujours prôné la non-violence", poursuit-il. Ce sont pourtant bien les "chimères" qui ont attaqué le secrétaire d'Etat Renaud Muselier, pris sous des tirs nourris lorsqu'il visitait la capitale en août. "J'ai été bouleversé. Je condamne toutes les formes de violence d'où qu'elles viennent", assure-t-il.
Pour sortir Haïti de la crise, Jean-Bertrand Aristide plaide pour un dialogue sous l'égide des Nations unies. "Mais, ajoute-t-il, le dialogue ne peut être seulement entre Haïtiens, car les étrangers se sont cachés derrière les Haïtiens pour passer de coup d'Etat en coup d'Etat." Il souhaite donc que la France et les Etats-Unis y participent. "J'ai proposé ce dialogue depuis mon arrivée ici. Mais ils pensaient trouver une solution par les armes, ils se sont trompés", dit-il.

"DE LA DIASPORA AFRICAINE"

"Je suis un élu et ceux qui m'ont élu réclament mon retour", affirme l'ancien président. En attendant, Aristide s'est vu offrir un poste de chercheur honoraire à l'université d'Afrique du Sud, à Pretoria. Il apprend le zoulou. Son séjour, pris en charge par le gouvernement sud-africain, semble devoir se prolonger. Discret, même s'il est présent lors de cérémonies publiques comme les enterrements, il se ferait presque oublier. Mais, régulièrement, l'opposition et la presse s'interrogent encore sur l'opportunité de l'accueillir en Afrique du Sud.

Lors de son arrivée en mai, il avait été reçu avec tous les honneurs par Thabo Mbeki, le seul chef d'Etat présent lors du bicentenaire de l'indépendance à Port-au-Prince. "Nous sommes de la diaspora africaine, souligne Aristide. La révolution haïtienne est le seul soulèvement d'esclaves qui a débouché sur un succès. Voilà une source de grandes valeurs qui nourrit encore nos contemporains, dont le président Mbeki et moi-même. Aujourd'hui, on parle de renaissance africaine, elle ne saurait exclure les petits-fils de l'Afrique."

Fabienne Pompey

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