ARISTIDE, UN AN APRÈS

Interview exclusive  de M. Jean-Bertrand Aristide à  Pretoria.
Par Claude Ribbe

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 Paris, 21 février 2005.

Voici quelques jours, à Pretoria, M. Jean-Bertrand Aristide, à l´approche du premier anniversaire de son départ controversé, a bien voulu m´accorder une interview exclusive dans laquelle il s´explique sur sa situation en Afrique du Sud et donne son point de vue sur les événements qui se sont déroulés en Haïti depuis qu´il a quitté Port-au-Prince.  De cet entretien filmé, j´ai tiré un documentaire de 11 minutes intitulé : « Aristide, un an après».

Accompagné de son épouse et sous haute protection des services de sécurité sud-africains, M. Jean Bertrand Aristide, apparemment serein et détendu, maintient qu´il a été victime d´un «enlèvement» et, pour la première fois, révèle très explicitement qu´il aurait été menacé par deux émissaires français, dont il n´hésite par à donner les noms.

Ces personnes lui auraient rendu visite au palais national de Port-au-Prince, plusieurs semaines avant son départ. Leurs « menaces étaient claires, indique M. Jean-Bertrand Aristide : ou vous démissionnez, ou vous pouvez être abattu ! ». M. Aristide affirme que c´était bien à sa vie qu´on en voulait : « Je suis vivant, déclare-t-il, mais ce n´était pas leur objectif ».

Réfutant tranquillement les accusations dont il a fait l´objet dans certains organes de presse, M. Aristide indique être «habitué à ce genre de manœuvre où les coupables brandissent systématiquement le mensonge, comme si un arbre pouvait cacher une forêt».

S´appuyant sur des sources émanant  d´organisations humanitaires, M. Aristide, qui se dit radicalement hostile à la violence, fait état de 10 000 assassinats perpétrés depuis son départ et va jusqu´à parler d´un véritable « génocide » engagé contre certains de ses électeurs, ces exclus que les anciens colons "qualifient avec mépris de chimères". Selon lui, la perspective du Bicentenaire d´Haïti aurait créé un sentiment de panique irrationnelle du côté des anciens pays négriers. D´où les manœuvres de déstabilisation ayant provoqué son départ, dont une campagne de désinformation tendant à un lynchage médiatique, une «character assassination». L´opération, montée de toutes pièces et dont l´apparition de prétendus « rebelles » ne serait qu´un des épisodes, aurait été financée par un budget estimé à plus de 120 millions de dollars américains.

La volonté «néo-colonialiste» de mettre Haïti sous tutelle que brandissent les anciennes nations esclavagistes lui semble parfaitement «anachronique» et déraisonnable.

«Parfois, dit-il, quand on est raciste, on pense que le nègre ne peut pas voir plus loin que le blanc. Et en ce sens-là, on se trompe ».

M. Aristide estime que l´envoi de troupes françaises en Haïti, l´année même du bicentenaire de l´indépendance de la première république nègre du monde, qui a résisté victorieusement à une tentative de rétablissement de l´esclavage par Napoléon, relève purement et simplement de la «pathologie».

Il assure que, non seulement pour le peuple haïtien, mais pour les 14 pays de la Caricom et les 53 pays de l´Afrique qui, depuis bientôt un an, refusent de reconnaître le «gouvernement de facto» imposé par des puissances étrangères, il reste bel et bien le seul garant de la démocratie et de la constitution.

«Je suis le président de la république d´Haïti, même si je ne suis pas en Haïti » rappelle M. Aristide. Interrogé sur un éventuel retour dans son pays, il se dit confiant et ouvert au dialogue, y compris avec les « coupables ». Il indique que des pourparlers sont actuellement en cours, notamment par l´entremise de la République d´Afrique du sud et du président de l´Union africaine, M. Konaré, qui s´est rendu le 16 décembre 2004 en Haïti pour discuter de cette possibilité à la demande du « gouvernement de facto».

«Je serai en Haïti», assure fermement M. Aristide, «au moment opportun» et  «avant longtemps, dans le cadre d´un accord négocié ou dans le cadre du dialogue, pour qu´ainsi aient lieu des élections libres, honnêtes et démocratiques, telles que prévues par la constitution».

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